Dour 2008: J+21

07.08.2008|Vincent


Poulycroc

C'est devant une misérable poignée de festivaliers que le groupe Poulycroc a clôturé la 20ème édition du festival de Dour, il y a un peu plus de deux semaines. On ne s'attendait pas à pareille désaffection du public. Tout s'était parfaitement déroulé jusque-là. Le festival a surpris tout le monde en affichant une organisation sans faille qui n'avait rien à envier au festival de Werchter, aux Ardentes et au Pukkelpop. Elle paraissait déjà très loin cette étiquette de vilain petit canard wallon qui avait fait de l'organisation anarchique un argument marketing. Pour être honnête, on ne les imaginait pas capables d'un tel changement d'attitude. On les croyait définitivement cachés derrière leurs chiffres et leur marge bénéficiaire. Beaucoup disaient qu'il faudrait qu'il y ait plus de morts pour qu'ils se rendent enfin compte qu'ils jouaient avec le feu.

C'est donc malheureux de constater que les festivaliers n'ont pas voulu récompenser les organisateurs et ont préféré agir égoïstement en boudant la deuxième surprise que le festival leur avait réservée. Il est vrai que sur ce point-là, cette 20ème édition a fortement déçu. L'affiche de cette édition anniversaire était avare en noms fédérateurs et avait crû bon d'essayer de rassurer les spectateurs en promettant des surprises. De surprises, il y en a eu au final que deux. Un concert de Björn Again, groupe de reprises d'ABBA le jour avant le début des festivités officielles et ce concert du groupe Poulycroc programmé le jour après la fin des festivités.

Pourtant quelle idée lumineuse de clôturer l'actuel plus gros festival wallon par un groupe wallon qui rappelle qu'il y eut un temps où des groupes se montaient en Communauté Française de Belgique dans l'unique but de s'amuser. Ce temps pas si lointain inspiré par la mythique scène punk française où un paquet de groupes pseudo-punks se sont montés en produisant des albums brouillons, mais foutrement revigorants aux textes anarcho-poétiques souvent hilarants. A cette époque, décrocher un concert à la maison des jeunes du coin était déjà une consécration en soi. Bref, on est bien loin de la scène actuelle où la plupart des jeunes groupes semblent se monter dans l'unique but de devenir les prochains Girls In Hawaii ou Ghinzu. Les moins ambitieux semblent se contenter de lorgner du côté de Saule et les pleureurs, Hollywood Porn Stars ou Malibu Stacy. Malheureusement, en sanctionnant les organisateurs, le festivalier a raté une belle leçon d'histoire.

Trêve de conneries, s'il y a bien eu un concert du groupe Poulycroc le lendemain du festival de Dour, c'était dans le cadre la braderie du village et non une surprise faite aux festivaliers qui avaient de toute façon déjà tous regagné leurs pénates pour reprendre un cours de vie normale. C'était d'ailleurs amusant de constater à quel point le festival ne semblait pas avoir eu lieu lorsqu'on se baladait dans la rue commerçante du village de Dour située à seulement quelques centaines de mètres du site festival. Ceci étant dit, comment pourrait-il en être autrement lorsqu'on sait que les riverains sont rigoureusement interdits de profiter des opportunités financières que peut générer ce genre d'événement ? Alors que dans la plupart des festivals, on voit encore fleurir pas mal d'échoppes improvisées le long des routes menant aux festivals, Dour a fermement condamné ces pratiques il y a des années. Si la logique économique derrière cette mesure coule de source, elle fait doucement rire quand on sait que l'organisateur principal du festival vend sa vache à lait en tant que "premier événement touristique en région wallonne". Nous nous ne qualifions pas de "touristique" un événement ayant tellement transformé les alentours de son site en ville fantôme qu'il cloisonne ses visiteurs dans un site fermé.

Mis à part ce petit bémol sémantique, il n'y a vraiment plus grand-chose à reprocher au festival de Dour. On ne peut même pas ergoter sur la faiblardise de l'affiche de cette 20ème édition lorsqu'on a lu l'excellent interview de Carlo Di Antonio, le grand manitou du festival, réalisé par Julien Broquet et lorsqu'on sait que beaucoup ont préféré jouer aux Ardentes pour- paraît-il -des raisons plus que douteuses commercialement parlant.

Le seul dernier point noir sur lequel il y a lieu de s'attarder, c'était la volonté des organisateurs à griller les étapes de leur re-professionnalisation de l'événement. Interdire l'alcool sur le site, c'était le meilleur moyen pour se mettre à dos tous ceux qui venaient au festival parce que c'était le seul où ils pouvaient s'enivrer à moindres frais. Diviser le camping en 4 zones de dimension gérable, c'était un des réaménagements les plus malins de cette édition. Par contre, ne pas avoir prévu une zone d'after unique, c'était la bonne méthode pour frustrer le paquet de campeurs qui rejoignent Dour pour faire la fête 24 heures sur 24. On a vraiment l'impression qu'ils ont toujours tendance à surestimer l'importance de la musique dans leur événement. Ils pourront imposer de telles restrictions, le jour où ils arriveront vraiment à faire venir des Sonic Youth, The Mars Volta et Cie...

Pour terminer, parlons un peu musique tout de même. Comme prévu, je n'ai pas vu grand-chose. J'étais trop occupé à déambuler sur le site pour suivre les tentatives de Nicolas Buissart pour réaliser un reportage sur la botte en caoutchouc. Nicolas Buissart est le futur plus grand artiste, designer et inventeur de tous les temps. Je m’échauffais en vue de suivre sa performance déjà culte au festival Esperanzah qui a eu lieu le week-end dernier.


Nicolas Buissart (Festival Esperanzah 2008)

Je m'étais tout de même imposé l'objectif de voir Brian Jonestown Massacre et The Fall. Mission accomplie. Brian Jonestown Massacre fut pathétique. En s'évertuant à ne pas jouer son dernier album, sans conteste leur meilleur à ce jour, leur chanteur devra se résoudre à assumer d'être définitivement associé à l'image d'un gros loser . The Fall a annulé. J'ai également vu 2 ou 3 suppléments imprévus. Battles a été impériale. Leur musique mathématique reposant sur l'abus de boucles et le batteur le plus rapide du monde a fait bluffer tout le monde. Le chanteur de Neon Neon a arboré la guitare la plus kitsch du festival. Enfin, si le set des DJ's surdoués de Birdy Nam Nam était insipide à souhait, il m'a permis de réaliser de belles photos aux relents Blade Runneriens.


Battles


Brian Jonestown Massacre


Neon Neon


Birdy Nam Nam

 

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