Les Ardentes 2008
16.07.2008|Vincent
En lisant les comptes-rendus d’Esprits Critiques, K-Web et de Frontstage, je regretterais presque de m’être terré dans ma tente guettant la moindre éclaircie pour improviser un apéro aux cubis de vin blanc plus très frais. Hélas, l’heure des conclusions a sonné et si on m’avait dit quand j’étais ado que l’année de mes 30 ans, j’allais faire du camping sauvage entre deux routes fortement fréquentées pour assister à un festival auquel je n’allais finalement pas voir grand-chose, je n’y aurai pas cru un mot. A l’époque, je me voyais plutôt emprunter la voie confortable- vue à la TV – voulant que chaque être humain normalement constitué trouve son bonheur dans un bon travail, une maison en banlieue, les bras d’une femme aimante, les sièges d’une grosse voiture, les premiers mots de ses enfants et peut-être même les aboiements d’un chien. Ceci étant dit, la morale est sauve, car si j’ai tant boudé les concerts des Ardentes, c’était justement pour satisfaire mes tendances consuméristes et ménager ma petite personne trop dégoutée par l’idée d’affronter des hectolitres de boues. Quantifie-t-on la boue en litre ou en kilo ?
De toute manière, qu’y a-t-il à écrire de plus sur Les Ardentes ? Cette troisième édition était archi-prévisible. La qualité des infrastructures étonne toujours autant pour un festival si jeune. Elle doit faire pâlir pas mal de ses vieux concurrents. Les organisateurs ont surpris en étant très réactifs face aux conditions météorologiques. Le public a répondu en nombre et s’est amusé plus que la moyenne pendant que les néo-vieux obscuristes comme moi bâillaient plus que la moyenne en attendant les sets du tiercé gagnant qui était composé par Liars, Spirtiualized et The Mars Volta. Bref, le festival est définitivement sur les rails pour devenir le plus gros festival en Belgique francophone, voir même figurer dans le top 3 des festivals belges, et ce, en trois éditions ! Du côté de Dour, on doit peut-être commencer à sérieusement grincer des dents. Enfin, j'ai entendu dire que les organisateurs des Ardentes bénéficieraient d'alliés politiques de premier choix et que la course au titre du premier festival wallon est maintenant sérieusement biaisée.
The Mars Volta
Spiritualized
On tempèrera juste cette analyse en signalant que vu l’exigüité du site, on ne voit pas trop comment Les Ardentes pourrait encore croitre dans leurs installations actuelles. Ce fut le seul gros point noir de cette édition. Quand on se voit refuser l’accès au camping dès le premier jour des festivités parce que le peu d’espace vert à proximité du site ne permet pas de construire un camping suffisamment grand pour accueillir les festivaliers désireux de passer toute la durée du festival sur place, on se dit les organisateurs vont devoir sérieusement se gratter la tête pour imaginer la suite de leur business plan.
Parlons de ce business plan. Les organisateurs des Ardentes ont bien compris que pour assurer la pérennité financière de leur jeune entreprise, il fallait miser à fond sur les sponsors. L'affiche éclectique- sorte de croisement improbable entre le Pukkelpop, les Francofolies de Spa et les 10 Days off- garantit les directeurs marketing de tout poil qu'ils pourront toucher plusieurs publics en un coup. Un statut VIP digne d'une manifestation sportive de haut niveau offre la possibilité aux candidats investisseurs d'épater leurs clients ou leurs employés clés à coup de verres champagne et décibels. Le plus malin reste encore la volonté manifeste des organisateurs d'associer une image positive à leur festival. Les Ardentes est un des rares festivals à ne pas traiter son public comme des bovins avides de malbouffes. Leur route des saveurs où le festivalier est invité à se sustenter a peut-être l'allure d'un marché de Noël légèrement ringard, mais toujours est-il qu'elle offre une expérience gastronomique guère déplaisante.
Alors est-ce que cela fonctionne ? Au vu du nombre de grosses marques présentent sur le site, on peut dire que oui. Le plus amusant étant que chaque sponsor rivalisant d'ingéniosité pour appâter le consommateur potentiel, cette présence transformait cette édition des Ardentes en foire ludique pour certains, effroyablement capitaliste pour les autres. Entre Volkswagen et son parcours intervillesque pour gagner une voiture ; Dexia et sa roue de fortune où tout le monde est gagnant ; la Loterie Nationale et ses billets de Win For Life gratuits ; Sony et ses karaokés immortalisés directement sur DVD ; William Lawson et son stand VIP pour les pauvres et enfin, la FGTB et ses badges personalisables, il y avait vraiment moyen de s'amuser ou être affligé aux ardentes.
Que reste-t-il à raconter? Plus grand-chose. Peut-être attribuer juste une mention spéciale pour cette veille prêtresse new-wave qu'est Siouxie dont je n'attendais absolument rien. Son set énergique d'une épatante vitalité en a mis sur le cul plus d'un.
Siouxie
Sur ce, je m'en vais à Dour. Si j'arrive à voir ne fût-ce que Brian Jonestown Massacre et The Fall, j'estimerais avoir réussi mon festival. Le ton est donné...
