Vous rateriez ça ?
19.06.2008|Vincent
Cet article aurait dû voir le jour il y a un peu moins d'un an sur Zabladowski.org qui, pour les néophytes qui n'auraient pas lu notre page "à propos", est l'ancêtre de psychotonique.be. S'il paraît finalement ici, c'est que je n'ai jamais eu/pris le temps de le réaliser. Quelque part, cela tombe bien, car son objet est plus que jamais d'actualité.
Il y a un peu moins d'un an, 3 personnes et moi ont erré pendant 4 jours sur le site du festival de Dour. Nous étions armés d'un caméscope numérique. L'objectif était- ère 2.0 oblige- de produire un documentaire qu'on publierait sur YouTube et ainsi s'épargner le fastidieux exercice d'écriture de compte-rendu d'après festival. Exercice d'autant plus périlleux qu'il est généralement difficile de se rappeler en détail ce qu'on a bien pu voir 5 ou 6 jours plus tôt vu qu'entre-temps, on aura ingurgité ou inhalé trop de trucs qui nous aurons détruits pas mal de neurones. "On ne vit qu'une fois" a dit un philosophe anglais dont je ne me rappelle plus le nom (ou serait-ce tout simplement James Bond?). D'ailleurs, pour ma part, à part Wilco, Les Anges et certaines rencontres qu'on avait faites, je ne me souvenais déjà plus de rien à l'issue du festival.
Wilco à Dour le 15 juillet 2007
Le hic, c'est qu'on n’avait absolument rien préparé. On a enchaîné des espèces de micro-trottoir et les interviews improvisées sans trop se soucier du résultat final. Le résultat fut par conséquent un conglomérat de 6 heures de rushes, dont un bon tiers tourné sous influence. Il m’aura fallu finalement pas mal de mois pour tirer quelque chose de tous ces rushes. Entre-temps, pour des raisons logistiques et psychologiques, Zabladowski.org a fermé boutique. C'est pour cette raison que cet article termine ici et seulement maintenant, mais cela tombe bien.
Pour ceux qui ne suivent pas du tout l'actualité festivalistique belge, sachez que le festival de Dour fêtera ses 20 ans dans un mois. Il s'est distingué cette année en lançant des campagnes de communication bien avant qu'un seul nom de l'affiche soit annoncé. Une de ces premières campagnes - ère 2.0 oblige -était de lancer un clip sur DailyMotion intitulé "Would You Miss That?" Pour les francophiles, cela a été traduit par "Vous rateriez cela?" Ce clip enchaîne les séquences d'une banalité confondante: public en liesse, spectateurs heureux, concerts dansants de figures pas très connues... Pas moyen de distinguer Dour d'un autre festival avec ce clip...
Je me demande vraiment quand le festival de Dour va assumer son statut de "Woodstock wallon" ou autre "Las Vegas parano grandeur nature"? Quand est-ce qu'il va admettre que la musique n'est qu'une raison relativement accessoire dans son succès ? Certes, s'il n'affichait que des groupes qui ne valaient vraiment que dalle et s'il n'avait pas trouvé ces secteurs niches que sont le reggae, le dub, le hip-hop et certains courants électroniques pointus qui n'ont pas encore trouvé leur place dans les autres festivals, Dour ne serait pas devenu la référence qu'il est aujourd'hui. Toujours est-il que la principale raison qui explique ce tel engouement autour de lui, c'est que c'est un des endroits les plus permissifs d'Europe. C'est un des seuls endroits où on laisse tellement l'individu aller comme il le sent, qu'il déconnecte vraiment de sa réalité quotidienne. C'est cela la recette du festival de Dour.
Si on interroge un spectateur moyen le premier jour du festival, il vous répondra qu'il ne sait pas trop pourquoi il vient si ce n'est pour s'amuser. Si on revient avec cette même question à l'issue du dernier jour, après qu'il ait vécu dans des conditions qui peuvent l'apparenter parfois à un réfugié, il ne sait toujours pas trop y répondre mais aura cet humour bon enfant qui fait beau à voir.
Sans le faire exprès, j'ai l'impression qu'on est parvenu à retranscrire ce phénomène en réalisant cette tentative de documentaire dont je suis parvenu à extraire péniblement 7 petits segments.
Avant de commencer les projections, une petite parenthèse technique. C'est avec un caméscope Sony DCR-SR290E que l'équipe de Zabladowski.org a réalisé cette tentative de documentaire. Derrière ce nom cryptique se cache un modèle de caméscope faisant partie de la seconde génération de caméscopes à disque dur. Fini les K7 ou autres DVD vierges, cet appareil enregistre directement tout sur un disque dur! Dépendant de la qualité d’enregistrement pour laquelle on opte, on peut filmer jusqu’à 9h30 sans devoir courir à l’Action Shop le plus proche. En outre, l’utilisation d’un disque dur intégré en lieu et place de K7 rend la caméra compacte et permet un accès instantané aux séquences que vous avez tournées. Reste que si tout cela semble sexy, il faut rappeler que cette façon de procéder pose la sempiternelle question du support à utiliser pour archiver les rushes? Rappelons que la durée de vie d’un bon DVD enregistrable est inférieure à 5 ans. C'est peu pour beaucoup de consommateurs moyens, mais moi personnellement, je m'en fous royalement. L’idée que dans 5 ans, il n’y aura plus aucune trace des conneries sur lesquelles je figure aujourd’hui ne me déplait absolument pas. Cela m'arrange d’autant plus que cela m'assure que mes éventuels hypothétiques enfants à venir ne pourront jamais tomber sur une vieille K7 où on me voit péniblement baragouiner des questions tellement je suis imbibé de pastis.
Pour les férus de la technique et des chiffres, on remarquera qu’un Sony DCR-SR290E est muni d’un capteur CMOS 1/3’’ ClearVid 3,2 mégapixels. Il est servi par un objectif Carl Zeiss Vario Sonnar T* avec stabilisateur optique qui ouvre à f/1,8-2,9. Si vous comprenez quelque chose à tout cela, tant mieux pour vous. Il y a un zoom optique 10x. Le caméscope dispose d’un mode 16/9 vraiment performant et peut être utilisé comme appareil photo. La résolution des photos monte jusqu’à 6.1M. En mode 16/9, la résolution des photos est 4.6M. A noter que si on utilise le disque dur pour enregistrer les photos, on peut en réaliser jusqu’à 9.999. Si cela n’était pas suffisant, il reste toujours la possibilité d'enregistrer sur des cartes Memory Strick Pro Duo.
La prise en main de la Sony DCR-SR290E est très facile et les principales commandes sont parfaitement positionnées. Vous retrouverez quelques raccourcis bien utiles comme la sélection du mode 16/9 ou 4/3 ou le Back Light. Pour les autres réglages, il faudra impérativement passer par l’écran tactile pour accéder aux différents menus. Oui, chose très pratique, mais très salissante, le caméscope est doté d'un écran tactile. Au bout de 4 jours d'utilisation intensive, il est difficile de discerner quelques choses derrière les traces de doigts.
Destiné avant tout au grand public, le Sony DCR-SR290E dispose d’un mode Easy qui s’occupe de tout. Ce mode est performant, mais nous prend vraiment pour un débile. Lorsqu’on l'active, toutes les informations affichées à l'écran doublent de taille comme si le fait de ne pas savoir utiliser un caméscope numérique en mode manuel faisait obligatoirement de nous des myopes.
1ère partie: Pourquoi venez-vous au festival de Dour?
Un fesitvalier: Pour baiser si possible sinon parce qu'on a l'occasion de rentrer sans trop payer, pour voir des gens, pour les vacances, éventuellement pour écouter des groupes, mais c'est un peu accessoire. Dour c'est avant tout une ambiance. C'est un moment de vacances comme il en existe peu et les groupes sont plus ou moins accessoires à Dour contrairement à Werchter où on y va pour voir MTV. Il y a peu de festivals qui sont autant un moment d'ailleurs, une bulle, une parenthèse que Dour.
Je dois avouer honteusement que je ne me souviens pas du 4/5 des "micros-trottoirs " qui figurent dans cette partie. Je ne tenais pas la forme de ma vie. Vous devez l'entendre à ma façon de réagir aux réponses des interrogés. Je m'excuse d'avance à ceux qui m'ont donné leur adresse e-mail pour que je les prévienne quand je mettrais leur tête en ligne, car j'ai égaré mes notes dans l'aventure. Si vous reconnaissez des gens dans cette partie ou dans les suivantes, n'hésitez pas à les prévenir. Dans tous les cas, j'en profite pour remercier tous ceux qui se sont prêtés à ce jeu.
2ème partie: Capitalisme alternatif
Zabladowski: Qu'est-ce que vous pensez des scènes portent des noms de marque pour un festival qui se dit "alternatif"?
Un festivalier: A 75 euros pour 4 jours, ils peuvent même s'appeler Milky-Way tant qu'on a un peu vu la programmation qu'il y a. Ce serait pour faire venir Olivia Ruiz ou Johnny Hallyday, on se poserait des questions. Quoique j'ai vu Olivier Ruiz aux Ardentes et elle a sa place dans un festival. Enfin, ici, vu ce qu'ils offrent, ils peuvent même effectivement s'appeler Pampers. Ce n'est pas trop problématique.
En dehors des questions de stratégies commerciales, il y avait un phénomène plus amusant à observer lors de la dernière édition du festival de Dour qui est pour beaucoup de spectateurs synonyme de premières expériences en tout genre. L'année dernière, c'était la première fois que le festival était complet avant son premier jour. Le résultat ne s'est pas fait attendre. Quelques jeunes spectateurs ont profité de l'occasion pour goûter aux joies du marché noir. Certains d'entre eux ont même pu bénéficier de l'aide de Rosalie, la personne derrière le caméscope, pour traduire leurs annonces en anglais. Si je me souviens bien, j'étais vraiment hilare.
3ème partie: Camping
Zabladowski: T'as pas été pris à la frontière comme les autres?
Un festivalier: Non, ça non, pas trop.
Zabladowski: Il faut savoir que la Wallonie essaye de gérer les flux migratoires. Et donc tous les gens qui arrivent de manière un peu olé olé. On les met ici en attendant de gérer le dossier. C'est pour savoir comment tu le vis?
Un festivalier: Je veux bien rester. C'est plutôt pas mal.
Un deuxième festivalier: C'est une saloperie de putain de camp d'immigrés?
Zabladowski: Non, c'est un festival de musique avec des animations socio-culturelles.
Si je me souviens bien, on a tourné ces séquences le 3e jour du festival. On errait un peu dans le camping officiel pour vérifier certaines rumeurs ou en lancer d'autres. Dès mes premiers festivals de Dour, il y a plus de 10 ans, on s'amusait à lancer des rumeurs, genre "Biohazard est annulé". A l'époque, un paquet de spectateurs ne se déplaçait que pour ce groupe et était vraiment dépité lorsqu'ils apprenaient la fausse nouvelle. L'année dernière, le camping avait une telle dimension et semblait tellement n'être qu'un chaos avec un semblant d'organisation sociale qu'on a pu même improviser des prémisses de jeux de rôles en mettant certains festivaliers dans la peau de réfugiés regroupés dans un camp.
4ème partie: Bobby & Brian
Brian: Les gens, ils ont le sourire. Les gens, ils s'amusent. Les gens, ils sont là.
Zabladowski: Cela ne cache pas une grande détresse, tu crois?
Brian: Une grande détresse? C'est quoi ce moment triste? On parle de joie, de bonne humeur... Tu penses que c'est quelque chose de grande détresse ? Si si, c'est la grande détresse parce qu'on voit que le monde, il part en couille!
Ce genre de moment excusait tout. On était entre un tas d'immondices et une file de gens qui essayaient d'accéder à un point d'eau et voilà que surgissaient Bobby & Brian. On ne leur avait rien demandé, mais ils ont bien assuré le show mine de rien.
5ème partie: Andenne
Leader andennois: Moi, ma question chaque fois que je viens à Dour: "Y-a-t-il moyen de mourir? Un moment où le corps dit "STOP"?"
J'espère qu'ils se souviennent d'avoir marqué leur accord pour être filmés ceux-là. En attendant, cette partie montre un autre moment qui excusait tout. On avait décidé d'interviewer une bande d'andennois complètement allumés. Suite à une question totalement incruciale, Daniel et moi s'étaient mis à négocier les charmes de Rosalie contre des tickets-boissons vu que notre sympathique leader andennois voulait lui en mettre une dedans. On a même pas eu le temps d'arriver au terme de la négociation qu'on a été interrompu par un rite local qui consistait à réaliser un à-fond à la sauce bolognaise.
6ème partie: Saturation
Nouvelle petite parenthèse technique avant de clôturer. Une des grandes faiblesses du Sony DCR-SR290E est qu'on ne peut pas brancher de micro externe. On est obligé de dépendre du micro intégré qui, comme le démontre cette partie, sature très très vite si le volume sonore est élevé. J'ai découvert par la suite qu'on pouvait régler la sensibilité du micro. Si cela minimise quelque peu le problème, c'est loin de le solutionner complètement. Un autre problème amusant lié au volume sonore que l'on a rencontré, c'est que le caméscope est doté d'un système intelligent qui stoppe les opérations sur le disque dur en cas de chute de l'appareil. Le problème est que si l'on filme dans un endroit où le niveau sonore est élevé, ce système interprète les vibrations comme une chute et stoppe l'appareil. Heureusement, il y a moyen de désactiver cette fonctionnalité.
7ème partie: Ambiance de fin de camping
Festivalier: Ils devraient mettre des toilettes à la sciure de bois. En Bretagne, on a ça et c'est vachement bien. Il y a pas d'odeur. Il y a rien. Bon, il y a pas le petit "plouf".
Ces séquences ont été tournées le jour après la fin du festival. Certains festivaliers quittaient le camping en brûlant leurs tentes, ce qui m'a rappelé que la fin du monde était prévue pour bientôt. Ce fut l'occasion également de rencontrer une sympathique bande de Bretons qui avaient visiblement du mal à se résoudre à partir et qui sont parvenus à clôturer dans la bonne humeur cette tentative de documentaire.
