Creaky Boards @ JeudiBars: J+27
04.03.2009|vincent & valentine
Le 5 février nous vous invitions à découvrir les new yorkais de Creaky Boards au JeudiBars. On n'avait pas caché qu'on ne connaissait pas ces gars avant que les gens de b.y_records nous les proposent pour un de nos JeudiBars. On peut donc les remercier allègrement, car Creaky Boards fut une sacrée bonne surprise. Leur prestation joyeusement allumée a fait l'unanimité auprès du public et l'ambiance débridée qu'ils ont installée fut une solide mise en jambes avant le concert des Black Lips, programmé une semaine plus tard au Botanique. Outre une allure et une dégaine similaire, on retrouve chez Creaky Boards cette même énergie hippie complètement déglinguée qui anime les Black Lips. L'interview que nous avons réalisé juste avant leur concert fut à ce titre vraiment intéressant et nous a presque donné envie de tout plaquer et de participer activement à la révolution musicale que Darwin Deez, leur guitariste, a annoncée. Retenez bien ce nom, car il y a fort à parier qu'on en reparle d'ici peu.
Psychotonique: Creaky Boards est-il un groupe à part entière ou le groupe d'Andrew Hoepfner ?
Andrew Hoepfner (chant + basse): D'une certaine manière, c'est un projet solo. C'est moi qui décide dans quelle direction avance le groupe et la plupart des morceaux du groupe sont les miens. C'est surtout lorsque nous jouons live que Creaky Board est un véritable groupe. Chaque membre apporte son énergie et sa manière de jouer et là, cela devient un vrai travail collaboratif.
Psychotonique: J'ai lu que tu enregistrais les albums de Creaky Boards tout seul?
Andrew Hoepfner: J'ai enregistré seul la plupart des morceaux du dernier album. Mike joue la batterie, mais les autres instruments sont joués par moi dans le studio que j'ai aménagé dans ma chambre.
Psychotonique: Quelle est la discographie du groupe avant Brooklyn is Love, le dernier album?
Mike Campbell (batterie): Avant Brooklyn is Love, il y a un album qui s'appelle Where is the Sunshine? sur lequel sont intervenus d'autres membres que ceux qui composent le groupe actuellement. Avant cet album, Andrew a enregistré un album complètement en solo qui s'appelle Pierson Spec Sings qui est vraiment génial.
Psychotonique: J'ai écouté Pierson Spec Sings et il est fort différent de Brooklyn is Love? Il est beaucoup plus sombre et théâtral. Il correspond mieux à l'étiquette anti-folk qui est collée au groupe. Creaky Boards aujourd'hui est un groupe très pop qui revendique l'influence de Brian Wilson des Beach Boys.
Andrew Hoepfner: Mon état d'esprit a changé pour le meilleur et pour le pire et cela se ressent dans ma musique.
Psychotonique: Vous admettez donc que l'étiquette anti-folk ne correspond plus au son actuel de Creaky Boards?
Dan Costello (claviers): Anti-folk est une communauté d'artistes qui se produit au Sidewalk Cafe et au Brooklyn Tea Party à New York. Donc, l'anti-folk ne correspond à rien de précis en terme de genre. L'anti-folk indique juste l'influence d'un point de vue géographique et social.
Psychotonique: Ici, Anti-folk est associé à des groupes comme Devendra Banhart, Akron/Family, CocoRosie, ...
Andrew Hoepfner: C'est certain que le nom anti-folk est inévitablement associé à l'idée de chanteur folk faisant des chansons lo-fi avec des paroles intéressantes. Mais, à New York, dans notre environnement, le terme anti-folk correspond à cette communauté qu'on t'a décrite.
Psychotonique: Cette scène semble fonctionner comme une grande famille où tous les groupes s'échangent leurs membres?
Dan Costello: C'est certain. Par exemple, Andrew et moi jouons dans le groupe de Mike. Mike et Andrew jouent dans mon groupe. Nous jouons dans le groupe d'Andrew et Andrew joue dans le groupe de Darwin. Tous ces entre-croisements illustrent bien la philosophie de cette scène.
Darwin Deez & Andrew Hoepfner devant notre cabane d'enregistrement (Source: flickr/greyseeds)
Psychotonique: Parlons économie maintenant, comment un groupe comme Creaky Boards board marche-t-il?
Darwin Deez (guitariste): Creaky Boards rentre complètement dans le phénomène DIY Music (Do It Youself Music). Par DIY Music, je veux dire qu'on enregistre et qu'on vend soi-même. Ce phénomène va gagner de l'ampleur, car dans un futur proche, de nombreux artistes populaires seront en fait des artistes DIY. Bon, maintenant, je suppose que je ne réponds pas à ta question en disant cela et que tu veux juste savoir comment on se fait de l'argent?
Andrew Hoepfner: Parfois, on perd de l'argent. Parfois, on est en équilibre. On vend des cd's. On a des petits jobs, on épargne un peu et on part en tournée. Par dessus tout, on essaie d'avoir une utilisation responsable de l'argent.
Dan Costello: Creaky Boards n'a pas de sponsors ou de parents fortunés. On fait ceci pour vivre une aventure et rencontrer de nouveaux publics.
Darwin Deez: J'ai envie d'ajouter une analyse personnelle de l'évolution du business musical. Avant, il y avait moins de petits groupes, mais beaucoup plus de gros groupes qui touchaient d'importants montants d'argent. Ajourd'hui, c'est l'inverse. Il y a moins de gros groupes et plus de petits groupes. Par contre, les montants d'argent investi dans le marché musical n'ayant quant à eux pas fort changés, ils sont mieux répartis. Cela va aller de plus en plus dans ce sens et beaucoup plus d'artistes pourront vivre raisonnablement de leur musique.
Psychotonique: Je me suis justement dit récemment que ce sont toujours les mêmes grosses machines comme Metallica, REM ou Depeche Mode que l'on voit en tête d'affiche des festivals depuis une bonne dizaine d'années. Il n'y a toujours pas de nouveaux groupes capables de remplir des stades. Les festivals devront par conséquent changer leur crédo.
Andrew Hoepfner: Je pense que la raison pour laquelle des phénomènes comme Metallica ou Madonna ont existé, c'est parce qu'ils ont émergé à une époque où il y avait peu d'alternatives et où il suffisait de monopoliser quelques canaux pour devenir une icône que tout le monde voulait toucher. Aujourd'hui, il y a tellement de canaux où la musique se diffuse que le public a accès à beaucoup plus d'artistes qu'avant.
Psychotonique: Difficile de parler à Creaky Boards sans mentionner la fameuse vidéo Coldpay?
Dan Costello: Oh oh, j'ai déjà entendu ce nom.
Psychotonique: Ben oui, mais quand on tape Creaky Board dans Google, cette vidéo apparait dans les premiers résultats. Cela m'a fait vachement rire parce que la Belgique est connue pour avoir de nombreux artistes locaux qui ont prétendu s'être fait plagier par des pointures comme Michael Jackson ou Madonna. Il y avait une légende urbaine qui disait que Madonna ne prétendait pas jouer en Belgique, car elle s'y était faite assigner en justice plusieurs fois. Creaky Boards s'est juste contenté d'une vidéo sur YouTube et vous n'avez pas intenté une action en justice. Est-ce que cette vidéo YouTube a changé la vie de Creaky Boards?
Andrew Hoepfner: Cela n'a pas changé grand-chose.
Dan Costello: Musicalement, elle n'a rien changé du tout.
Mike Campbell: On a beaucoup plus d'amis MySpace maintenant.
Andrew Hoepfner: Tu sais, le truc Coldplay est un délire qui a pris une dimension inattendue. J'ai fait cela un week-end parce que je m'ennuyais et c'est devenu plus connu que tout ce qu'on a fait jusqu'à présent. C'est une expérience très intéressante. Bon, à la longue, c'est parfois ennuyeux qu'on nous parle encore de cette vidéo.
Dan Costello: Maintenant, c'est clair qu'il y a un public plus mainstream qui nous a connu grâce à cette vidéo. Ce fut donc un bon coup de pub. Cependant, nous restons nous-mêmes et ce qui importe pour nous, c'est que le public qui nous connaissait avant cette vidéo continue à nous suivre.
Psychotonique: Pour rester dans le phénomène YouTube, où en est le clip de Brooklyn dont on peut regarder l'amusant making-of sur YouTube?
Mike Campbell: C'était en fait des étudiants en cinéma qui nous ont proposé de réaliser un clip pour nous. Malheureusement, le résultat n'était pas à la hauteur du bon temps qu'on a pris en tournant ce clip. Ce n'était finalement pas pour rien qu'ils n'étaient qu'étudiants. Ce fut embarrassant de rejeter leur clip.
Merci à Magali et Philippe pour leurs photos.
Merci à Rosalie pour les vidéos.
