Plan de relance (III)

17.01.2009|casacosmani.blogspot.com

Tout commence ici, un article écrit par quelqu’un que je connais un peu et qui loin de me hérisser le poil parce que j’y suis critiqué m’a plutôt amené à réfléchir à certaines questions. S’est donc engagé un dialogue avec ce fameux Vincent - ex-Zabladowski, actuel Psychotonique. Dialogue pas mal mais est bien venu un moment où tout le monde semble s’être quelque peu perdu sur le chemin des idées… Un peu de remise en forme et un zappage de digressions plus tard, voici un dialogue générationnel peut-être même pas si couillon que ça…

(...)

Serge: Quand le vynile est passé au CD, des pans entiers de l'histoire de l'electro ont disparu. Or , devine quoi, ils sont réapparus avec le donwload. Et c'est comme ça pour bien d'autres genres, dont des podcasts qui calent des vieux 78 tours de blues des années 40 ou que sais-je encore… Tu évoques la possibilité de bibliothèque musicale virtuelle, de médias commerciaux archéologues… Même si la technique ne suit pas encore, on a pas besoin de ça. Les blogs s'en chargent et s'en chargeront sans doute mieux encore quand changeront les lois sur le copyright et la diffusion. En matière d'acid-house ou de catalogue Ennio Morricone, je n'ai jamais trouvé autant sur le net que dans une médiathèque. Et vu l'évolution du truc, ça ne peut aller qu'en s'améliorant. Le tout, c'est que ça ne sera sans doute pas centralisé et qu'il faudra passe via Google ou son remplaçant. Mais si t'as accès à une mémoire et un archivage global et multiple, où est l'intérêt d'une centralisation ? Le traces physiques disparaissent mais les traces virtuelles sont au mieux multi-copiées. C'est quelque part plus rassurant, non ?

Vincent : Cela me fait donc doucement rire tous ceux qui pensent que le switch qu’on est occupé à connaître est similaire aux précédentes révolutions qu’a connues le business musical. Il n’y a rien de comparable. On n’a jamais connu un changement qui a impliqué la disparation pure et simple des traces physiques de notre passé musical. Dans dix/quinze ans, ils seront déjà peu nombreux les enfants qui pourront faire une partie de leur éveil musical en parcourant simplement la collection de vinyles et CD de leurs parents. Ils ne pourront même pas se rattraper sur les CD-R et les DVD-R que leurs parents avaient précieusement conservés, car ils seront tous devenus illisibles. Alors, cela peut sonner comme un scénario catastrophe. Malheureusement, tant que le marché continuera à remplacer tout par du virtuel qu’on sauvegarde sur des supports enregistrables à la durée de vie limitée, on se dirige inéluctablement vers quelque chose du genre. De toute façon, ça, ce n’est encore rien. Dans ce scénario, il y a aussi le jour où Google sera ébranlé par un scandale financier sans précédent avec pour conséquence immédiate que notre patrimoine musical disparaitra avec lui. Quand tu sais que déjà 10% des serveurs Internet appartiendrait à Google, tu te rends compte que la décentralisation va être à moyen terme très relative. Déjà aujourd'hui, cette archive décentralisée est en fait centralisé sur Blogspot, Youtube (tout deux appartenant à Google), MySpace (appartenant à Rupert Murdoch), Flickr (appartenant à Yahoo), Facebook et Last.fm. Ces deux derniers, on ne sait pas pendant combien de temps ils seront une puissance indépendante. Les autres doivent être pour la plupart hébergés sur des services alternatifs dont la pérennité est toute relative. Mieux la dernière tendance veut qu'il repose en fait sur des services délivrés par Amazon (S3 ou E2) , Google (Google Apps) ou Microsoft (Azure). Ne parlons même pas des rares motivés comme nous qui louons leurs propres noms de domaine et hébergements. Ceux-là disparaissent généralement en même temps que leurs cartes de crédit expirent.

Cela m'étonne à quel point le public ne réalise pas que l'internet ne peut pas fonctionner ainsi éternellement. Tant que le modèle économique de tous les sites de type blogs, YouTube et Facebook reposera uniquement sur la publicité, je ne parierai pas sur leur viabilité. Il faut savoir que Google n'est pas un moteur de recherche. C'est une régie publicitaire. 95% de son chiffre d'affaires provient de la publicité qu'il affiche sur ses propres sites ou non. Presque 70% de la publicité que l'on voit sur Internet est servie par Google. Pour l'instant, c'est viable parce que le réservoir d'annonceurs est tellement gros qu'il y a toujours moyen de trouver une pub à afficher sur les millions d'espaces publicitaires - euh pardon, sites -qui utilise Google comme régie publicitaire. Or, la maigre histoire de la publicité sur Internet prouve déjà à quel point ce moyen de revenu est voué à diminuer fortement. Au début de l'internet, on faisait payer l'annonceur dès qu'un encart publicitaire était affiché sur un site. Contrairement aux espaces publicitaires traditionnels où l'annonceur n'a pas réellement le moyen de juger si le succès de la publicité est lié à la qualité de sa pub ou celle de l'espace publicitaire, l'internet permet de mesurer directement l'efficacité de la publicité en comptant le nombre de visiteurs qui ont cliqué dessus. Il n'a donc pas fallu attendre longtemps pour que les annonceurs n'acceptent plus de payer pour un simple encart affiché. En général, les annonceurs payent donc maintenant au nombre de visiteurs qu'a drainés la pub. Là encore, c'est déjà occupé à changer. Les annonceurs s'étant rapidement aperçus que contrairement à la télévision, la presse écrite ou la radio qui rend le cerveau disponible, l'internaute est un cerveau actif qui se rend compte qu'une pub était mensongère. La tendance actuelle veut donc que les annonceurs n'acceptent de payer que lorsque l'internaute s'est vraiment fait avoir (en s'inscrivant sur le site de l'annonceur par exemple). Bref, je pense qu'il ne faudra pas attendre longtemps pour que le nombre d'annonceurs qui payent réellement quelque chose ne soit plus suffisant pour financer la totalité des services gratuits.

Alors à quoi pourra bien ressembler cet internet-là ? Pour faire plus court, je vais limiter ma théorie à la musique!

Les sites de téléchargement légaux vont supplanter le téléchargement illégal. Lorsque les majors auront tiré une croix sur le support physique, il n'y aura plus de raisons que le prix d'un téléchargement légal soit aussi prohibitif.Lorsque le prix d'un album avoisinera les 2 ou 3 euros que l'on pourra régler au moyen d'un simple SMS ou d'un abonnement « Unlimited », les internautes vont vite adorer le confort que procure l'utilisation de plateforme de téléchargement légal. Le prix de plateforme comme iTunes est si élevé actuellement parce que les maisons de disques ne veulent pas que le consommateur ne trouve plus aucun intérêt financier à acheter des CD ou des vinyles. Je ne pense pas que ces derniers vont réellement disparaître. Ce sera juste des produits de merchandising réservés aux fans. Je ne crois pas non plus que tous les disquaires vont disparaitre. Ils se seront juste spécialisés en merchandising (la Fnac est déjà occupée à le faire) et disposerons de bornes de téléchargement simplifiées destinées au consommateur allergique à Internet. Les acteurs principaux comme YouTube, MySpace, Facebook, Last.fm vont rester debout, car ils resteront vraiment un espace publicitaire incontournable pour des annonceurs comme une maison de disques. Les médias musicaux online qui survivront sont ceux qui draineront vraiment un nombre suffisant de visiteurs achetant des albums via leurs sites. Déjà, aujourd'hui, il faut savoir que n'importe quel site peut s'affilier à une plateforme de téléchargement légal et recevoir une commission s'il génère une vente sur le site. Le hic, c'est que vu qu'il n'y a pas beaucoup d'adeptes du téléchargement légal actuellement, ce n’est pas très viable comme sources de revenus. Par contre, je prédis la fin de la plupart des plateformes de blog ou des petits concurrents de YouTube, Last.fm qui n'arriveront plus à attirer la catégorie d'annonceurs dépensant encore de l'argent sur Internet. De toute façon, l'internaute passera tellement de temps sur YouTube, MySpace, Facebook et Cie qu'il aura plus le temps de passer une seule seconde sur les blogs. Je ne me fais pas de soucis pour Google. Sauf scandale financier sans précédent, il est tellement occupé à miser sur d'autres sources de revenus que la publicité (systèmes embarqués pour GSM, produits visant les grosses entreprises) qu'il pourra voir venir sans trop stresser. Qui plus est, ses produits phares comme son moteur de recherche, sa messagerie et ses sites de cartographie lui permettront de garder des espaces publicitaires intéressant les annonceurs. Par contre, pas sûr qu'il trouve un intérêt à conserver un service comme Blogger. Bref, pour moi, l'internet de demain, ce ne sera plus que celui de gros acteurs qui auront un réel contrôle sur l'information.de lobbyistes qui mettent de leurs poches pour créer des structures alternatives et des acteurs pirates qui puisent leurs revenus publicitaires dans ce filon inusable que sont la pornographie et les casinos en ligne, mais ce sera un phénomène tellement mineur que rien ne pourra aller à l'encontre de ce que le marché aura décidé de vendre au consommateur.

Source: CASACOSMANI

rubrique: introspection

Plan de relance (II)

02.01.2009|Vincent

On va continuer à creuser ce sujet alarmiste pour tous les réprésentants de la génération X qu'est ce changement de cible opéré par le marché de la musique indé en s'intéressant à la presse musicale.

Que ce soit ici ou sur notre précédent site Zabladowski.org, Laurent et moi nous sommes toujours amusés à ergoter sur l'appauvrissement de la presse musicale actuelle qui tend de plus en plus à ressembler à des catalogues publicitaires savamment illustrés où les titres des articles sonnent comme des USP (Unique Selling Proposition). Mais comment pourrait-il en être autrement? La presse musicale dépend de la publicité et pour attirer les annonceurs susceptibles d'investir ce domaine, elle doit s'assurer qu'elle touche leur public cible, à savoir la deuxième moitié de la génération Y depuis peu. Ce postulat oblige la presse à adopter un format et un ton à même de trouver une place dans les habitudes médiatiques de ces nouveaux auditeurs éduqués à la collection compulsive d'information superficiellement parcourue. Deux bons exemples de médias ayant su s'adapter à cette nouvelle donne sont les magazines Trax et Technikart. Ces deux titres mélangent agréablement dossiers fouillés en surface et chroniques zappables évitant soigneusement de reposer sur la technique du "name dropping" si hermétique pour un lecteur au référentiel limité. En guise d'appât, Trax et Technikart se repèrent facilement par leurs couvertures putassières promettant cadeaux et révélations mystiques. A l'opposé, on trouve des Magic et Les Inrockuptibles qui restent vissés sur leurs bons vieux acquis et doivent vraisemblablement leur survie à un lectorat vieillissant, mais fidèle.

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rubrique: introspection

Plan de relance (I)

31.12.2008|Vincent

Quoi de finalement plus logique qu'on sacrifie l'habituel article "best-of" sur l'autel d'un article intitulé "plan de relances" pour clôturer cette année 2008 ?

De plan de relance, il en faudrait peut-être bien un pour psychotonique. Ce site n'a pas encore un an et il faut avouer qu'il peine à dépasser le stade des premiers pas. Alors, on pourrait invoquer des "raisons personnelles", mais cette excuse ayant été usée récemment par un "confrère" pour expliquer son retrait du marché des webzines francophones belges, on va s'abstenir. Cela étant dit, il y a effectivement une part de gros changements personnels qui explique cette naissance effroyablement longue.

On préférera donc se justifier en se plaignant de la pauvreté des sorties actuelles. Rien ne nous a réellement transcendés cette année. Certes, on pourrait nous reprocher d'être trop obtus et de ne pas nous être intéressés aux bons élèves de la promotion 2008. Si seulement c'était le cas. Si l'on regarde les tops récapitulatifs des webzines "concurrents", on observe qu'on a couvert d'une manière ou d'une autre tous les groupes qui semblent faire l'unanimité cette année, à savoir: Vampire Weekend, Fleet Foxes, Portishead, No Age, Bon Iver, Deerhunter et TV On The Radio. On s'amusera cependant à faire les langues de pute que nous aimons bien être en écrivant qu'à part Portishead (parce que leur son n'a jamais été égalé), Deerhunter et No Age (parce que ces groupes expérimentaux enregistrant sous influences nous ont toujours collé à la peau), aucun des groupes acclamés ne nous semble mériter de figurer dans les anales de l'histoire de la musique. A vrai dire, on aurait tout simplement été incapable de dresser un classement de fin d'année tant l'exercice aurait consisté à choisir quelques biens parmi le paquet de moyens et mauvais.

Le hic est que cette envie de bâiller devant la majorité de ce que produit le marché de la musique indé, on en souffre depuis près deux ou trois ans et cela s'aggrave d'année en année. Il est peut-être donc temps de se poser la question qui fâche : deviendrait-on des vieux cons ou pire des Marc Ysaye de la musique alternative qui pensent qu'on ne fait plus de bien depuis Sonic Youth, Mars Volta, GY!BE, Aphex Twin et Cie?

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rubrique: introspection

Etat des lieux

20.09.2008|Vincent

Les plus fidèles d'entre vous auront sans doute remarqué que psychotonique.be ne brille pas par sa régularité. Pour écarter tous les doutes, on tient tout de suite à signaler que contrairement à certains sites comme unblogged.fr ou notre précédente aventure sur internet, ce manque de mise à jour n'est pas annonciateur d'une fin précipitée ou de grands changements.

Non, s'il y a une règle que Laurent et moi nous sommes fixés en lançant psychotonique.be, c'était celle de ne pas se sentir obligé de mettre à jour le site. On écrit si on a quelque chose sous la main qui vaut vraiment la peine qu'on le présente d'une façon ou d'une autre. On ne va pas tomber dans les travers de la plupart des webzines qui se sentent visiblement obligés de s'aligner sur la fréquence de publication des médias traditionnels. Il ne faut donc pas attendre de psychotonique.be un nouveau billet quotidien qui rabâchera de toute façon une nouvelle parue sur 27 autres sites ou émettra un avis identique (à quelques métaphores près) à celui des dizaines d'autres chroniqueurs.

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rubrique: introspection

C'est reparti!

01.05.2008|Laurent & Vincent

Voilà, le site est lancé. On a mis très longtemps à le faire, pas vraiment parce qu'on y était occupé nuit et jour (loin de là) mais pour plusieurs autres raisons. D'abord, il s'agit d'un hobby, ce qui sous-entend bien sûr que nous avons souvent d'autres chats à fouetter que de maintenir un enième webzine. Ensuite, il faut le rappeler, on s'est longtemps demandé, devant un constat d'insatisfaction aigüe, ce qui manquait aux si nombreux sites qui foisonnent sur la toile. Des articles plus longs ? Horreur, surtout pas. Des articles plus racoleurs? Enfer et damnation plutôt. Non, on avait des idées assez brouillones sur ce que l'on souhaitait, alors on a créé un site brouillon! Un site où tout est permis ou presque. Un site qui ressemblera souvent à feu Zabladowski. Un site où les articles seront courts, instantanés, toniques, reflets des élucubrations de leurs auteurs, rejoints par des plumes comme Denis.

rubrique: introspection

 

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