Plan de relance (I)
31.12.2008|Vincent
Quoi de finalement plus logique qu'on sacrifie l'habituel article "best-of" sur l'autel d'un article intitulé "plan de relances" pour clôturer cette année 2008 ?
De plan de relance, il en faudrait peut-être bien un pour psychotonique. Ce site n'a pas encore un an et il faut avouer qu'il peine à dépasser le stade des premiers pas. Alors, on pourrait invoquer des "raisons personnelles", mais cette excuse ayant été usée récemment par un "confrère" pour expliquer son retrait du marché des webzines francophones belges, on va s'abstenir. Cela étant dit, il y a effectivement une part de gros changements personnels qui explique cette naissance effroyablement longue.
On préférera donc se justifier en se plaignant de la pauvreté des sorties actuelles. Rien ne nous a réellement transcendés cette année. Certes, on pourrait nous reprocher d'être trop obtus et de ne pas nous être intéressés aux bons élèves de la promotion 2008. Si seulement c'était le cas. Si l'on regarde les tops récapitulatifs des webzines "concurrents", on observe qu'on a couvert d'une manière ou d'une autre tous les groupes qui semblent faire l'unanimité cette année, à savoir: Vampire Weekend, Fleet Foxes, Portishead, No Age, Bon Iver, Deerhunter et TV On The Radio. On s'amusera cependant à faire les langues de pute que nous aimons bien être en écrivant qu'à part Portishead (parce que leur son n'a jamais été égalé), Deerhunter et No Age (parce que ces groupes expérimentaux enregistrant sous influences nous ont toujours collé à la peau), aucun des groupes acclamés ne nous semble mériter de figurer dans les anales de l'histoire de la musique. A vrai dire, on aurait tout simplement été incapable de dresser un classement de fin d'année tant l'exercice aurait consisté à choisir quelques biens parmi le paquet de moyens et mauvais.
Le hic est que cette envie de bâiller devant la majorité de ce que produit le marché de la musique indé, on en souffre depuis près deux ou trois ans et cela s'aggrave d'année en année. Il est peut-être donc temps de se poser la question qui fâche : deviendrait-on des vieux cons ou pire des Marc Ysaye de la musique alternative qui pensent qu'on ne fait plus de bien depuis Sonic Youth, Mars Volta, GY!BE, Aphex Twin et Cie?
La bonne nouvelle pour nous est que ce n'est pas une question d'âge, mais de génération. Le marché musical a fait maintenant définitivement le switch et s'intéresse à la tranche regroupant tous les auditeurs qui ont vu le jour après 1985. Si notre génération et ses groupes qui l'ont fait bougé ont grandi en parcourant les mêmes bacs à vinyles et cd pendant 3 grosses dizaines d'années, celle d'aujourd'hui se base sur un héritage culturel qui ne va pas plus loin que le contenu disponible sur les réseaux P2P ou référencé sur MySpace et Facebook. La disparition du support physique et la volatilité de l'information vont à court terme rendre impossible tout "knowledge transfer" comme on dirait dans le monde de l'entreprise. Les producteurs et consommateurs pourront respectivement vendre et percevoir tout comme de la nouveauté. C'est peut-être légèrement exagéré, mais on ne doit pas être si loin de la réalité à venir.
Compte tenu de cette nouvelle donne pas très optimiste, il y a donc fort à parier que le panel des nouvelles sorties qui vont nous intéresser risque d'être de plus en plus réduit. Alors, est-ce qu'un webzine ne couvrant plus que les sorties de "dinosaures", d'heureuses exceptions ou celles issues de ces courants obscurs que nous affectionnons tant, intéresse vraiment un nombre de lecteurs suffisant pour justifier l'investissement? Vraisemblablement que non, mais on ne va pas jeter l'éponge pour autant. Il faudra définitivement s'attendre à ce que psychotonique se concentre plus sur des exercices métaphysiques comme celui-ci et des délires vidéos comme ceux qui ont pullulé dans la foulée des festivals. Qui plus est, nous réitérerons l'expérience des groupes présentés lors des JeudiBars le 5 février avec les new yorkais de Creaky Boards.
