Plan de relance (II)

02.01.2009|Vincent

On va continuer à creuser ce sujet alarmiste pour tous les réprésentants de la génération X qu'est ce changement de cible opéré par le marché de la musique indé en s'intéressant à la presse musicale.

Que ce soit ici ou sur notre précédent site Zabladowski.org, Laurent et moi nous sommes toujours amusés à ergoter sur l'appauvrissement de la presse musicale actuelle qui tend de plus en plus à ressembler à des catalogues publicitaires savamment illustrés où les titres des articles sonnent comme des USP (Unique Selling Proposition). Mais comment pourrait-il en être autrement? La presse musicale dépend de la publicité et pour attirer les annonceurs susceptibles d'investir ce domaine, elle doit s'assurer qu'elle touche leur public cible, à savoir la deuxième moitié de la génération Y depuis peu. Ce postulat oblige la presse à adopter un format et un ton à même de trouver une place dans les habitudes médiatiques de ces nouveaux auditeurs éduqués à la collection compulsive d'information superficiellement parcourue. Deux bons exemples de médias ayant su s'adapter à cette nouvelle donne sont les magazines Trax et Technikart. Ces deux titres mélangent agréablement dossiers fouillés en surface et chroniques zappables évitant soigneusement de reposer sur la technique du "name dropping" si hermétique pour un lecteur au référentiel limité. En guise d'appât, Trax et Technikart se repèrent facilement par leurs couvertures putassières promettant cadeaux et révélations mystiques. A l'opposé, on trouve des Magic et Les Inrockuptibles qui restent vissés sur leurs bons vieux acquis et doivent vraisemblablement leur survie à un lectorat vieillissant, mais fidèle.

Illustrons cette théorie par un exemple extrait des derniers numéros de deux des titres précités. Pour parler de l'album Play Music du groupe Thieves Like Us, Trax (nº 120) préfère user d'images simples comme "Play Music oscille entre calme et dramatique, la pop et le punk, Berlin, New York et Sockholm, feu et glace..." ou "Ni trop dark, ni trop banché" tandis que Magic (n°126) s'enfonce dans un "name dropping" encyclopédique en écrivant que les membres de Thieves Like Us "révisitent les frontières d'une Europe musicale construite au son de la trilogie berlinoise de Bowie, des partitions effrayantes de Fabio Frizzi pour les films de Lucio Fulci et des balbutiements électroniques de la bande de Factory Records, Section 25 et New Order en tête bien entendu." Personnellement, si la méthode Magic me parle plus, qu'en est-il pour un ket de 20 ans dont l'Europe musicale se résume à des genres "taggés" sur Facebook?

En Belgique francophone, on n'est heureusement pas encore touché par le phénomène et pour cause: mis à part la presse gratuite, il n'y a plus de presse musicale. Il en est de même sur Internet. Les webzines francophones belges dignes de son nom sont soit disparus de la circulation ou soit sous perfusion depuis trop longtemps. Dans ce dernier cas, on trouvait Pop-Rock.com dont l'auteur a annoncé qu'il prenait sa retraite pour des "raisons personnelles" et qu'il confiait le soin de relancer la machine à Serge Coosemans, l'excellent journaliste-blogueur, qui est également derrière le magazine en construction CHUPACABRA. Pour ceux qui n'y connaissent rien, sachez que Serge Coosemans et l'auteur de Pop-Rock.com ont tenu en haleine un nombre non négligeable d'internautes pendant quelques années en se livrant une guerre virtuelle très divertissante via une panoplie de billets plus assassins les uns que les autres. L'annonce de la reprise de Pop-Rock.com par Serge Coosemans en a donc surpris plus d'un. D'autant plus que si la qualité de la plume de ce dernier a toujours fait l'unanimité (même outre Quiévrain), celle des rédacteurs de Pop-Rock.com a toujours été contestée. Le site doit surtout sa notoriété à un paquet d'articles racoleurs et la personnalité frôlant la mythomanie de son auteur.

Qu'a donc à gagner Serge Coosemans en associant son nom à un webzine si décrié? Ceux qui se sont posés cette question ne semblent pas avoir conscience qu'un nom de domaine a bien plus de valeur qu'on le pense. Il faut savoir qu'obtenir un bon référencement dans les moteurs de recherche est un processus long et fastidieux qui se compte vraisemblablement en années. Donc, lorsqu'on vous offre un nom de domaine de 7 ans d'âge relativement bien référencé et que vous lancer dans l'édition internet fait partie de vos ambitions, il ne faut pas hésiter longtemps. Il est important également de bien se rendre compte que sur la totalité des visiteurs qu'attire un site, une bonne moitié sont des nouveaux visiteurs tombés sur le site en tapant par exemple "headbanging pop rock glam electro new wave" dans Google. Ceux-là, ils ne savent absolument pas sur quoi ils vont échouer. Si le site a changé de propriétaire depuis que l'article référencé dans Google a été écrit, mais qu'il correspond toujours à leurs associations aléatoires de mots clés, ils seront contents. Donc, lorsqu'on vous offre un site de 7 ans d'âge bien visité (on parlerait de 3000 visiteurs quotidiens, ce qui est énorme pour un site belge), il ne faut pas faire la fine bouche, car vous héritez d'un beau paquet de nouveaux lecteurs potentiels à séduire. Bref, il y a fort à parier que dans le cas de Pop-Rock.com, Serge Coosemans n'a rien à cirer du lectorat existant. Ce qui l'intéresse, c'est de capter les nouveaux fidèles potentiels.

Alors est-ce que Serge Coosemans arrivera à trouver la formule pour capter ce nouveau lectorat. Là, on demande à voir. A nos yeux, il souffre du même problème que nous. Il fait partie de cette génération d'auditeurs n'ayant aucun envie de s'adapter et qui va dénigrer Justice en prétextant que ce n'est finalement que des bandes originales de vieux giallos boostés avec des gros beats pas très subtils ou ignorer MGMT parce que cela ne vaut pas tripette si on le compare à Flaming Lips et Animal Collective. Il suffit de lire sa chronique du dernier album de Ratatat dans laquelle il parvient à égratigner Daft Punk en faisant référence à Ween! Ce genre de chronique doit ressembler à un article Wikipédia pour un lecteur au bagage musical limité par la taille de sa clé USB. Alors, on n'est pas occupé à écrire qu'il n'y a pas un public pour ce genre de contenu. Si tel était le cas, on arrêterait psychotonique directement. Non, il y a un public, mais cela n'en est certainement pas un grandissant et encore moins une cible qui attire les annonceurs intéressés par le marché musical. Les trentenaires susceptibles de se laisser berner par des pubs vendant des forfaits SMS ultra-cools, des alcools super groovys ou des soirées méga-décadentes ne doivent plus être trop nombreux. Ce n'est peut-être pas un problème, car rien n'empêche un site musical de viser un autre segment publicitaire, mais y a-t-il seulement une place pour un autre "Classic 21" de la génération X sur ce segment là? Ce n'est pas gagné.

 

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