Buzz, pre-buzz et vieux buzz
04.11.2008|bonpourlesoreilles.net
La semaine dernière, j'ai échangé quelques mails avec JD Beauvallet (mais oui, rappelez-vous, l'inrockuptible en chef). Et ce n'était même pas des lettres de réclamation. Non. J'avais juste envie de le remercier pour sa chronique du When The Haar Rolls In de James Yorkston. Un album - et plus généralement un artiste - étrangement trop souvent oublié en ces temps de célébrations constantes du folk et du songwriting. Mais bon, le pauvre Ecossais n'a ni la dégaine de Devendra Banhart, ni le charme du petit Beirut, ni même la barbe de Will Oldham. Et n'a donc rien d'un buzz.
C'est sans doute cela qui m'a le plus surpris dans cette chronique, une fois passée l'émotion de découvrir qu'il existait un autre journaliste au monde amateur des ballades de Yorkston: ni buzz, ni pre-buzz ici. Pour un magazine comme Les Inrockuptibles, c'est presque un exploit. Jugez plutôt. En 2008, pas moins de trois couvertures auront mentionné l'album de Scarlett Johansson, dont deux sur le mode de l'avant-première (du pre-buzz, donc). De même, JD Beauvallet aura consacré cet été trois ou quatre courts articles à vanter les mérites de Get Well Soon, plusieurs semaines avant sa sortie française (arrivant, certes, plusieurs mois après sa sortie originelle).
Réel ou non, le pre-buzz est devenu une seconde nature dans le petit monde des médias branchés. A tel point que cette même semaine dernière, voilà ce que l'on pouvait lire en tête de la page d'accueil du site des Inrocks:
"Animal Collective en (presque) avant-première! On a reçu Merriweather Post Pavilion, prochain album des Américains à venir en janvier : c'est un chef d'oeuvre."
Que faut-il en conclure? D'abord que je ne l'ai pas reçu, moi, même si j'ai défendu et interviewé le groupe par le passé. Domino n'est pas très gentil. Ensuite que s'il existe des avant-premières, il existe aussi des presque avant-premières. Enfin que la valeur boursière du pre-buzz évolue dans le même sens que la crise. Au printemps, on prébuzze sur une starlette hollywoodienne. En été, c'est au tour d'une révélation teutonne. Et en automne, un groupe qui doit vendre... allez, 2000 disques en France par année. La déflation guette, au point de passer du "Wouaw!" admiratif à un franc "Ha! Ha! Ha!" Et se demander si dorénavant la date limite de consommation critique d'un disque passera de trois semaines au jour suivant sa sortie.
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Source: Bon pour les oreilles
